peur
peur parce que j'y ai vu des cadavres humains, des stars tombées dans la spirale infernale de l'anorexie
peur parce que ces femmes, érigées en "modèles" pour les jeunes filles, les "ados", se font ainsi "pro ana", slogan vivant (ou presque mort ?) d'une maladie, mais se disent plutôt slogan d'un "autre mode de vie"
peur, oui j'ai peur, pour les jeunes filles, jeunes femmes, qui sont "pro ana", qui se détruisent à petit feu,
qui ne voient que leur présent, sans voir qu'à chaque bouchée refusée c'est leur avenir, leur vie qu'elles amputent
sans voir que leur maigreur excessive n'est pas admissible, car comment admettre le suicide programmé d'une enfant ? De celle qui n'est pas encore femme, et qui par sa folie ne le deviendra jamais ?
peur parce qu'on médiatise le phénomène de "mode", sans insister suffisamment sur la nature de celui-ci :
une maladie,
une maladie psychiatrique
une maladie qui est à la longue...Mortelle
comment ne pas réagir face à cette folie de la maigreur ?
face à ces dérives des "top model" ? Des "stars" ?
j'ai mal pour les brindilles "pro ana", mal, physiquement, rien que de penser à leurs souffrances quotidiennes, leur course contre le poids, leur sefforts pour jeuner encore et toujours plus jusqu'à en mourir
Je ne suis pas d'accord sur un point fondamental de leur "idéologie" sectaire,
non, être anorexique ce n'est pas une réussite, un succès, un triomphe de sa volonté sur la faim,
être anorexique c'est une défaite de la vie sur la mort, une défaite du plaisir de vivre qui inclus le plaisir de manger, sur le rejet de la nourriture
être anorexique c'est l'apologie de la mort par le suicide,
c'est refuser de VIVRE, c'est maltraiter son corps, se mutiler chaque jour en refusant de s'alimenter, en mettant en souffrance ses organes, tout son corps, car la vie n'est possible que s'il y a nourriture
la minceur et la maigreur ne rendent pas les gens heureux, pas plus que l'argent
il appartient à chaque être humain de chercher la clef de son bonheur dans son épanouïssement personnel, dans sa vie, dans ses relations avec autrui et le monde
en aucun cas l'anorexie ne peut-être considérée comme un épanouïssement personnel, puisqu'elle conduit à la mort, lente, inhumaine, et à la solitude pendant les années de dénutrition précédant "la fin" par "la faim".
il faut insister sur la maladie et sa fin, quasi inexorable pour la malheureuse qui est allée trop loin dans le culte de la maigreur
j'ai mal pour elles, parce que je sais un peu de quoi je parle dans cet article,
j'ai une amie, qui m'est très chère, et qui est passée par cette maladie,
elle a longtemps refusé de voir que son mal-être était une pathologie, une "maladie"
elle se sentait bien, mieux qu'avant !
elle n'avait que quelques kilos à perdre et en moins d'un an est devenue un "squelette sur pattes"
mais elle a eu de la chance et aussi un reste de volonté et de lucidité qui lui ont permis de guérir petit à petit
c'est ma battante, ma gagnante, parce que même si elle a encore,quelques fois un peu de mal avec son corps
je crois qu'elle a intégré et compris qu'elle ne devait pas être si mince
que c'était moche, que les hommes, les mecs... n'aiment pas les sacs d'os !
que les mecs s'ils "aiment" les "minces" ont peur des anorexiques
parce qu'elles font peur, et qu'on a pitié d'elles, on ressent soit du dégoût soit de la compassion en les voyant, mais jamais du DESIR, ni de l'ADMIRATION pour une soi-disant "réussite" de "contrôle" de leur poids
ma puce que j'aime comme une soeur, je l'ai soutenue, je l'ai aussi beaucoup secouée, parfois jusqu'aux larmes, et moi aussi j'ai pleuré de la voir dans cet état
mais c'était un mal nécessaire et je ne regrette rien, elle est à nouveau belle, presque sereine ! Une vraie femme, avec des formes, de belles formes, et un sourire à vous faire tomber par terre
elle est pleine de vie, je ne suis plus angoissée en me demandant si elle mange ou si elle "oublie" exprès...
je sais qu'elle fait constamment des efforts pour manger de tout, elle fait du sport parce qu'elle a gardé une certaine peur du surpoids, mais je garde un oeil bienveillant sur elle, de loin, pour lui dire gentillement quand elle va trop loin...
c'est ma meilleure amie et j'ai eu peur de la perdre,
j'aimerai me dire que toutes les filles dont la meilleure amie, ou une amie, une copine, sombre petit à petit dans l'anorexie feront comme moi, le chemin de croix main dans la main avec leur amie qui SOUFFRE
l'aideront à sortir la tête de l'eau, à régler ses problèmes ou à consulter un spécialiste qui le fera
j'espère que toutes les filles épanouïes seront de petites anges gardiens pour les plus faibles d'entre nous toutes,
aidez-les à ne pas sombrer, c'est difficile mais c'est un devoir moral, un devoir envers les gens qu'on aime
j'ai failli moi aussi, oui moi, on ne dirait pas ? Oh je sais, je suis bien enrobée pourtant...
moi aussi j'ai failli être engluée par l'anorexie
j'ai commençé par des régimes, parce que je me trouvais trop grosse, parce les filles autour de moi étaient des "brindilles"qui pouvaient tout mettre et pas moi
parce qu'on me maltraitait à l'école, j'étais la grosse, le gros truc, je n'étais pas un canon puisque je ne faisais pas du 34...
J'ai commençé à maigrir, j'étais heureuse, c'était de l'euphorie, je comptais chaque jour les grammes envolés
les centimètres perdus, puis les tailles perdues
je suis passée d'un grand 44 à un petit 38 en trois mois
et je me trouvais bien
parce qu'on me disait que j'étais belle
j'étais devenue belle...parce que j'avais perdu 25kilos?
c'était absurde mais je ne m'en rendais pas compte
jusqu'à ce que j'ai des vertiges, la tête qui tourne,les jambes qui tremblotent, les veines apparentes sur les membres,
puis de la culpabilité quand je déjeunais, quand je goutais à 4h
puis de la honte quand je montais sur la balance et que celle-ci n'affichait pas de perte depoids
de la colère contre moi-même parce que je n'arrivais pas à "descendre plus bas"
mes cheveux ont commençés à tomber un peu,
mais je m'obstinais dans ma folie
puis arriva une chose étrange, l'arrêt de mes règle ...
là j'ai su que quelquechose clochait
que j'étais allée trop loin
je me suis documentée sur les régimes
et les mots m'ont sautés au visage
anorexie, restriction
troubles alimentaires
dénutrition
pathologie mentale
...
ce fut un élètrochoc salutaire, accompagné du secours d'amies de mon bahut, j'ai compris ma"folie"
j'ai renonçé à ma lutte folle contre le poids
contre les formes
j'avais perdu mes fesses, mes hanches, mes seins
j'étais devenu une planche !
je m'en suis remise, et comme toutes celles qui sont passées par là le retour de manivelle a été lourd
j'ai repris du poids très vite, trop vite
mais j'ai accepté de regrossir pour ne pas être une "patiente atteinte d'anorexie"
pour ne pas risquer de sombrer dans la spirale
la spirale m'appelle encore, parfois, quand je me trouve trop grosse,
mais je me souviens
j'en porte les traces
je me remémore ma quête folle d'absolue minceur, où je croyais encore que pour "plaire" il fallait être une brindille
je pense à mon chéri, lui qui aime mes rondeurs
et qui ne cesse de me dire qu'une fille sans formes ce n'est pas sexy
et hop la petite voix au fond de ma tête se tait
pour quelques temps
jusqu'à ce que je n'entre plus dans mon jeans préféré et que je me dise, "ah, à l'époque ce jeans aurait été ... trop grand et là il ne ferme pas"
jusqu'à ce que j'éprouve du dégoût contre moi-même après avoir mangé une viennoiserie,
et là je me souviens encore des envies de vomir qui me saisissaient et me menacent encore
et oui je suis "boulotte" , enfin je me perçois comme telle, pour d'autres je suis "normale" mais je ne me trouverai jamais "normale" parce que j'ai flirté avec l'anorexie et dansé allégrement avec la boulimie
je suis passée par le pire pour pouvoir apprécier à sa juste valeur le meilleur...vivre
c'est la seconde fois que je raconte ce triste épisode de my life, ma première auditrice se reconnaîtra,
à toi ma puce, ma soeurette
à mon chéri, qui est un "super-chéri"
la vie est belle, alors ne vous privez pas de sources de joies qu'elle procure, se faire un petit plaisir, une "goumandise" ce n'est pas un péché, c'est normal, c'est humain !